Santé sexuelle

Douleurs, lésions, IST, grossesses non désirées : l’exploitation sexuelle peut avoir des conséquences durables sur la santé gynécologique.

L’exploitation sexuelle des mineurs est une forme de violence qui peut avoir des conséquences importantes sur la santé. La recherche-action PROMIFrance identifie notamment, chez les mineurs victimes de prostitution, des lésions traumatiques, un risque important d’infections sexuellement transmissibles (IST) et des grossesses non désirées.

Ces conséquences physiques peuvent pourtant rester invisibles. Une douleur banalisée, une infection non dépistée, une contraception difficile à mettre en place ou une grossesse découverte tardivement peuvent parfois être les seules manifestations visibles d’une situation beaucoup plus complexe.

Pour les professionnels qui accompagnent les jeunes, prendre en compte la santé gynécologique ne consiste donc pas seulement à proposer un dépistage. Il s’agit aussi de comprendre les obstacles qui peuvent empêcher un jeune d’accéder aux soins et de créer les conditions nécessaires pour qu’il puisse progressivement retrouver une place active dans son parcours de santé.

https://association-cvm.org/former/nos-recherches/recherche-action-sur-la-prostitution-des-mineurs-promifrance

Des violences qui peuvent laisser des traces physiques

Dans une situation d’exploitation sexuelle, les rapports peuvent être répétés, imposés ou accompagnés de violences physiques. Le corps peut alors être directement exposé à des traumatismes.

Le rapport PROMIFrance relève notamment des ecchymoses et des hématomes, ainsi qu’un risque important d’IST et de grossesse non désirée chez les mineurs victimes.

Les violences sexuelles peuvent également provoquer des lésions génitales et des douleurs. L’Organisation mondiale de la Santé rappelle que les violences sexuelles peuvent entraîner des lésions gynécologiques, des saignements, des infections et des douleurs, notamment abdominales ou pelviennes.

Ces symptômes ne doivent pas être considérés comme de simples conséquences « physiques » isolées. Ils peuvent s’inscrire dans un contexte de violences répétées, de peur, d’emprise et parfois de dissociation.

Des douleurs qui ne sont pas toujours exprimées

Un jeune victime peut ne pas parler spontanément de douleurs génitales ou pelviennes. Il peut avoir intégré la douleur comme quelque chose de normal, ne pas savoir qu’elle nécessite une consultation ou craindre d’être questionné sur son activité sexuelle.

Il peut également être difficile de mettre des mots sur ce qui est vécu lorsque le rapport au corps a été profondément perturbé par l’exploitation.

L’absence de plainte ne signifie donc pas nécessairement l’absence de problème de santé.

IST : prévenir, dépister et soigner sans culpabiliser

Les infections sexuellement transmissibles constituent un autre enjeu important.

L’exposition répétée à des rapports sexuels, les rapports non protégés ou la difficulté à négocier l’utilisation d’un préservatif peuvent augmenter les situations à risque. La situation est d’autant plus complexe lorsque le jeune est sous emprise ou lorsque la personne qui exploite exerce une pression sur les conditions des rapports.

Certaines IST peuvent rester asymptomatiques. Un jeune peut donc être porteur d’une infection sans ressentir de douleur ou observer de signe particulier.

Or, certaines infections peuvent avoir des conséquences à plus long terme. L’OMS souligne notamment que la chlamydiose et la gonorrhée peuvent provoquer des inflammations pelviennes et contribuer à l’infertilité.

L’enjeu est donc de pouvoir proposer un dépistage et une prise en charge sans faire du jeune le responsable de la situation qu’il subit.

À retenir : l’absence de symptômes ne signifie pas l’absence d’IST.

L’accompagnement peut notamment passer par une orientation vers un professionnel de santé, un centre de santé sexuelle ou un CeGIDD, selon les besoins et le contexte.

https://www.ledepartement66.fr/dossier/le-centre-de-sante-sexuelle/

Contraception : quand le choix n’est plus réellement possible

La question de la contraception peut sembler relever d’un choix individuel. Dans une situation d’exploitation sexuelle, cette liberté peut pourtant être fortement limitée.

Un jeune peut ne pas pouvoir choisir sa contraception, ne pas avoir accès à une méthode contraceptive, oublier ou interrompre son traitement dans un contexte de vie instable, ou subir des rapports sans protection malgré une volonté de se protéger.

Il faut également rappeler qu’une contraception ne protège pas contre les violences sexuelles ni contre les IST.

L’accompagnement doit donc éviter de faire peser la responsabilité de la prévention uniquement sur la victime. Proposer une contraception peut être utile, mais cela ne doit jamais conduire à considérer que le problème serait réglé.

La question centrale reste celle de la sécurité et du consentement.

https://www.ch-perpignan.fr/patients/prevention-sante/depistagecegidd-141.html

Grossesse non désirée : une conséquence qui peut bouleverser davantage le parcours

Une grossesse peut survenir dans un contexte où le jeune n’a pas réellement pu choisir les conditions du rapport sexuel.

L’OMS identifie les grossesses non désirées et les interruptions de grossesse parmi les conséquences possibles des violences sexuelles.

Pour une adolescente victime d’exploitation sexuelle, découvrir une grossesse peut provoquer une succession de difficultés : peur, sidération, inquiétude concernant sa santé, crainte de la réaction de l’entourage ou de l’exploiteur, difficultés matérielles et impossibilité de savoir vers qui se tourner.

Le professionnel qui accompagne le jeune a alors un rôle important : écouter, informer et orienter rapidement, sans décider à sa place.

En France, une mineure peut demander une IVG. Si elle souhaite garder le secret ou si le consentement parental n’est pas obtenu, l’IVG peut être réalisée à sa seule demande, avec l’accompagnement prévu par la loi.

L’IVG est prise en charge à 100 % et la confidentialité, voire l’anonymat à la demande de la personne, sont prévus.

Ces informations sont importantes pour les professionnels : la peur de ne pas pouvoir accéder aux soins ne doit pas constituer un obstacle supplémentaire.

Pourquoi certains jeunes ne consultent-ils pas ?

Identifier un problème de santé ne signifie pas nécessairement que le jeune acceptera de consulter.

Plusieurs obstacles peuvent se cumuler :

  • peur du jugement
  • honte ou culpabilité
  • peur que les informations soient transmises à l’entourage
  • méfiance envers les adultes et les institutions
  • difficulté à raconter les violences
  • emprise de l’exploiteur
  • absence de couverture sociale ou difficultés administratives
  • mobilité et instabilité du lieu de vie
  • peur d’un examen médical
  • mauvaise expérience antérieure avec les soins
  • banalisation des douleurs ou des symptômes.

La violence sexuelle peut également rendre particulièrement difficile le fait d’être examiné ou touché par un professionnel de santé.

L’OMS recommande d’ailleurs que les réponses de santé prennent en compte non seulement les besoins physiques immédiats, mais également les besoins psychologiques, la sécurité et les besoins de santé à plus long terme.

Prendre soin sans contraindre : quelle place pour les professionnels ?

Face à une situation d’exploitation sexuelle, le professionnel n’a pas nécessairement besoin d’obtenir immédiatement un récit détaillé des violences pour prendre en compte la santé du jeune.

Quelques réflexes peuvent aider :

Créer un espace sécurisant

Prendre le temps d’expliquer pourquoi une question est posée, respecter l’intimité du jeune et éviter les réactions de surprise ou de jugement.

Ne pas banaliser les symptômes

Une douleur pelvienne, des saignements, des lésions, des pertes inhabituelles ou des douleurs lors des rapports peuvent justifier une consultation médicale.

Proposer plutôt qu’imposer

Le jeune peut avoir besoin de temps avant d’accepter une consultation. L’objectif est de rendre les soins accessibles et compréhensibles, tout en respectant son rythme et les règles de protection qui s’appliquent à sa situation.

Penser globalement la santé sexuelle

Une prise en charge ne doit pas se limiter aux IST. Elle peut également concerner la contraception, la grossesse, l’IVG, les douleurs, les traumatismes, le rapport au corps ou encore la santé mentale.

Travailler en réseau

Les professionnels de santé, centres de santé sexuelle, CeGIDD, services de protection de l’enfance et équipes spécialisées ont des rôles complémentaires.

La santé gynécologique : un indicateur à ne pas négliger

Chez un jeune victime d’exploitation sexuelle, les conséquences gynécologiques peuvent être visibles, mais aussi rester longtemps silencieuses.

Douleurs, lésions, infections, grossesse ou difficultés à accéder aux soins ne sont pas des éléments secondaires. Ils peuvent témoigner des violences subies et avoir des conséquences sur la santé à court, moyen et long terme.

Le rapport PROMIFrance rappelle que la prostitution des mineurs expose à des risques somatiques importants, notamment des lésions traumatiques, des IST et des grossesses non désirées.

Pour les professionnels, l’enjeu est donc de considérer la santé comme une composante à part entière de l’accompagnement et de la protection.

Prendre soin de la santé gynécologique d’un jeune victime d’exploitation sexuelle, c’est aussi reconnaître ce que son corps a pu subir et lui permettre de retrouver progressivement un droit essentiel : celui d’être acteur de sa santé.

À retenir pour les professionnels

Face à un jeune potentiellement victime d’exploitation sexuelle, penser à la santé gynécologique, c’est notamment être attentif à :

  • des douleurs abdominales ou pelviennes
  • des lésions ou traumatismes
  • des saignements inhabituels
  • des symptômes pouvant évoquer une infection
  • une absence ou une difficulté de contraception
  • une grossesse possible ou découverte
  • une demande d’IVG
  • une peur ou un refus de consulter
  • une difficulté à parler de sa santé sexuelle
  • une rupture ou un évitement des soins.

Ces signes ne permettent pas, à eux seuls, de conclure à une situation d’exploitation sexuelle. Ils doivent être considérés dans leur contexte et croisés avec les autres éléments de repérage.