Le risque suicidaire

La Haute Autorité de Santé (2006) définit la « crise suicidaire » comme un continuum allant du sentiment d’échec à une impossibilité de sortir d’une impasse. Cette trajectoire est alimentée par des idées suicidaires qui évoluent en intensité et en fréquence jusqu’à un éventuel passage à l’acte. Une tentative de suicide apparait comme la seule solution pour sortir de la situation problématique.

La crise suicidaire peut intervenir à partir de l’enfance (même si plus à la marge), ce qui implique des interventions différentes en fonction des âges.

Repérer les premiers signes du continuum

L’entourage est généralement le premier témoin de ces manifestations.

Les professionnels accompagnant un public vulnérable peuvent aussi repérer les premiers signes tels que :

  • le contexte environnemental, social, familial, affectif de la personne,
  • les facteurs de vulnérabilité et de personnalité (troubles psychopathologiques déjà existants / alcoolisme et toxicomanie,
  • comportement factuel de la personne (des idées noires évoquées, des moments de crises psychiques/décompensation).

Chez l’adolescent

Ne pas banaliser un discours présentant des idées noires sous l’effet de l’adolescence. Chez l’adolescent, le continuum est jalonné de signes tels que le décrochage scolaire, une hyperactivité, une marginalisation, des TCA, mises en danger (sexuelles aussi), violences, fugues…

Chez le (jeune) adulte 

Le risque suicidaire peut être difficilement repérable chez l’adulte car très peu manifesté/verbalisé. Les signes peuvent passer inaperçus. Les professionnels doivent rester vigilants sur une baisse d’investissement relationnel, un sentiment d’échec, des arrêts ou absentéisme répétés ou bien un surinvestissement de la sphère professionnelle (lutte contre la dépression), douleurs somatiques, fatigues extrêmes…

La vie conjugale est souvent un facteur majeur, mais aussi le statut social et professionnel. Les addictions, le harcèlement au travail peut aussi être un facteur de vulnérabilité.

Réagir

Le cas des idées noires

La personne me parle d’idées noires régulièrement mais ne parle pas de potentiel passage à l’acte (ex: j’ai envie de mourir, il faut que ça s’arrête, je voudrais ne pas vivre, ils seraient mieux sans moi…) si les idées noires restent de l’ordre de la métaphore ou du conditionnel, il s’agit ici d’un appel à l’aide et d’un espoir d’être entendu dans sa souffrance et compris de celui qui écoute. Il est important ici d’adopter une attitude d’écoute active, de réassurance, de revalorisation de l’autre en gardant de l’authenticité.

Il est important de reconnaitre également la gravité de la situation du patient, et ne pas la minimiser.

Trouver le juste équilibre en revalorisation et conscience de la souffrance induite par un contexte parfois piégeant.
Etre attentif à un élément déclencheur (rupture, deuil, conflit…) = Encourager la personne à prendre rendez-vous avec un médecin généraliste / infirmier / psychologue / psychiatre afin d’être pris en charge en amont.
Encourager également l’ouverture sur l’extérieur même minime pour garder du lien social et multiplier les personnes ressources pour la personne.
Eviter au maximum l’isolement.

Le cas du plan précis

La personne me parle d’un plan précis de suicide (méthode, date, lieu), ou bien se procure du matériel dangereux (importante dose de stupéfiants ou de médicaments, arme, corde…), vous repérez des passages à l’acte type scarifications, augmentation de la consommation de produit, conduites à risques diverses = orienter la personne vers un service d’urgence (psychiatrique ou non), proposez lui d’appeler avec elle ou mobiliser un partenaire ou un proche pour l’accompagner si vous ne pouvez pas le faire dans le cadre de vos missions.

Exprimez vos inquiétudes et l’importance de ne pas laisser repartir la personne sans en faire quelque chose.

Il existe également des lignes d’écoute telle que le 3114 qui évalue le besoin et propose des solutions adaptées.

Le cas du passage à l’acte

Une personne (de n’importe quel âge) opère un passage à l’acte suicidaire devant moi :

  • J’appelle le SAMU (15) ou bien le 112 (numéro européen).
  • Je reste près de la personne jusqu’à l’intervention des soignants.

À retenir

Il est important de retenir qu’une crise suicidaire est passagère et réversible si elle est accompagnée et si la souffrance du patient est reconnue.

Il faut également penser à l’après, comment la personne va vivre après un passage à l’acte? C’est une étape qu’il faut également accompagner (pour la personne et potentiellement sa famille/son entourage).