Violences sexuelles : pourquoi la prévention ne prend pas de vacances ?

Vacances, séjours, sorties, nouvelles rencontres : lorsque les repères changent, la prévention doit rester présente pour protéger les enfants et les adolescents.

L’été est souvent associé à la liberté, aux découvertes, aux retrouvailles et à un rythme différent du reste de l’année. Pour les enfants et les adolescents, cette période peut aussi être synonyme de nouveaux lieux, nouvelles activités, nouveaux groupes et davantage d’autonomie. Colonies de vacances, accueils de loisirs, séjours, déplacements, soirées ou activités entre jeunes font partie de ces expériences estivales qui permettent de grandir, d’expérimenter et de gagner en autonomie. Ces contextes ne sont évidemment pas synonymes de danger. Ils peuvent néanmoins modifier les repères habituels des jeunes et des adultes qui les accompagnent. C’est pourquoi la prévention des violences sexuelles doit rester une préoccupation tout au long de l’année, y compris pendant les vacances.

Des chiffres qui rappellent l’ampleur des violences sexuelles faites aux mineurs

Les dernières données disponibles du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) permettent de mesurer l’ampleur du phénomène. En 2025, les services de police et de gendarmerie ont enregistré 132 300 victimes de violences sexuelles, dont 76 200 mineures, soit 58 % de l’ensemble des victimes enregistrées. Le nombre de victimes de violences sexuelles enregistrées a augmenté de 8 % par rapport à 2024. Ces chiffres correspondent aux faits enregistrés par les services de sécurité : ils ne représentent donc pas l’ensemble des violences sexuelles réellement commises, notamment en raison de la sous-révélation des faits.

Autre enseignement important : en 2025, 70 % des victimes mineures de violences sexuelles enregistrées ont subi les faits en dehors du cadre familial. Cette donnée rappelle que la prévention ne peut pas se limiter à la sphère familiale. Les différents lieux de vie, d’accueil, de loisirs et d’accompagnement des enfants et des adolescents ont eux aussi un rôle essentiel à jouer dans la protection des mineurs.

https://www.interieur.gouv.fr/documentation/etudes-et-statistiques/victimes-de-violences-physiques-et-sexuelles-enregistrees-en-hausse-en-2025-en-particulier-pour.html

https://www.ciivise.fr/lenquete-ciivise-et-e-enfance

https://www.ciivise.fr/le-rapport-public-de-2023

L’été, des environnements qui appellent une vigilance adaptée

Les vacances peuvent multiplier les situations dans lesquelles les jeunes évoluent avec des personnes qu’ils connaissent peu ou depuis peu. Dans les accueils collectifs de mineurs, par exemple, les enfants peuvent être accueillis dans un nouvel environnement, avec une nouvelle équipe d’encadrement et un nouveau groupe. Les temps de vie quotidienne, les activités, les déplacements ou les moments plus informels font partie intégrante de ces expériences.

Il ne s’agit pas de considérer ces espaces comme dangereux, mais de rappeler que la protection repose sur une organisation claire, des adultes formés, des règles connues et une attention constante portée au bien-être des jeunes. Le ministère chargé de la Jeunesse rappelle ainsi que les accueils collectifs de mineurs doivent garantir aux enfants et aux jeunes un environnement permettant de préserver leur santé et leur sécurité et développe depuis plusieurs années des mesures spécifiques de prévention des violences sexistes et sexuelles dans le secteur de l’animation.

Prévenir, c’est aussi préparer les adultes

La prévention ne repose pas uniquement sur les messages transmis aux enfants. Elle concerne également les adultes qui les accompagnent. Savoir identifier les comportements préoccupants, connaître les procédures à suivre, savoir accueillir une parole et connaître les ressources vers lesquelles orienter un jeune sont autant de compétences indispensables.

Dans les accueils collectifs de mineurs, le ministère a notamment renforcé la formation des animateurs à la prévention des violences sexistes et sexuelles. La formation BAFA intègre désormais cette dimension et vise notamment à préparer les futurs animateurs à la révélation par un enfant de faits subis dans son environnement.

Cette préparation est essentielle : lorsqu’un jeune parle, l’adulte qui reçoit cette parole n’a pas nécessairement toutes les réponses. En revanche, il doit pouvoir écouter sans juger, prendre au sérieux ce qui est dit, protéger le jeune et mobiliser les procédures et les professionnels compétents.

Libérer la parole : une priorité de la prévention

Prévenir les violences sexuelles, c’est aussi créer les conditions permettant aux enfants et aux adolescents de parler lorsqu’une situation les met mal à l’aise, les questionne ou les inquiète. Cela suppose de rappeler régulièrement qu’un jeune peut s’adresser à un adulte de confiance, qu’il a le droit de dire non, qu’il peut demander de l’aide et qu’il ne sera pas responsable de la violence qu’il subit.

La question de la parole est d’autant plus importante que les connaissances du grand public restent parfois fragiles. Une enquête menée en 2024 par la CIIVISE, Harris et e-Enfance montre que 64 % des Français interrogés estiment être bien informés sur les violences sexuelles faites aux enfants et que 80 % pensent savoir comment réagir s’ils étaient témoins ou informés de telles violences. Pourtant, l’enquête met également en évidence des confusions importantes lorsqu’il s’agit de répondre à des questions portant sur des données concrètes.

Informer ne suffit donc pas toujours. La prévention doit permettre de développer de véritables capacités de repérage, d’écoute et d’orientation.

https://www.caissargues.fr/parler-peut-tout-changer-encolo/

Apprendre aux jeunes à reconnaître les situations qui posent problème

La prévention auprès des jeunes ne consiste pas à leur apprendre à avoir peur des adultes ou à éviter certaines situations. Elle vise plutôt à leur donner des repères pour identifier ce qui est acceptable ou non dans une relation et pour savoir vers qui se tourner lorsqu’ils se sentent en difficulté.

Le consentement, le respect de l’intimité, le droit de poser ses limites, la possibilité de se retirer d’une situation et l’identification des adultes de confiance constituent des repères essentiels. Ces messages peuvent être abordés de manière adaptée à l’âge des enfants et des adolescents, dans les différents espaces qu’ils fréquentent pendant l’été.

Cette prévention doit également tenir compte des usages numériques. Les vacances peuvent être une période durant laquelle les jeunes disposent de davantage de temps et d’autonomie pour utiliser leur téléphone et les réseaux sociaux. Les échanges en ligne, les rencontres numériques, les sollicitations ou le partage d’images peuvent alors constituer de nouveaux espaces dans lesquels les adultes doivent pouvoir accompagner les jeunes sans jugement.

Les réseaux sociaux ne prennent pas non plus de vacances

Les violences sexuelles peuvent également s’inscrire dans des environnements numériques. Les enfants et les adolescents doivent pouvoir identifier les comportements qui dépassent leurs limites et savoir qu’une sollicitation en ligne peut être une situation nécessitant de demander de l’aide.

La prévention numérique ne consiste pas à interdire ou à surveiller systématiquement les usages, mais à développer les compétences permettant aux jeunes de se protéger : savoir reconnaître une situation problématique, ne pas rester seul face à une sollicitation, conserver les éléments utiles lorsque cela est nécessaire et surtout savoir à quel adulte ou professionnel s’adresser.

Les ressources institutionnelles consacrées aux violences sexuelles faites aux enfants intègrent désormais pleinement cette dimension numérique. La CIIVISE et e-Enfance ont notamment consacré une enquête à la connaissance des Français sur les violences sexuelles faites aux enfants et aux risques associés à Internet.

https://www.ciivise.fr/

https://e-enfance.org/

Pendant les vacances, les professionnels restent des repères

Pour les professionnels de l’enfance, de l’animation, de l’éducation, de la prévention spécialisée ou de la protection de l’enfance, la période estivale constitue donc une occasion supplémentaire de maintenir une culture de prévention.

Avant un séjour ou une activité, il est essentiel que les équipes connaissent les règles de protection, les procédures internes et les ressources disponibles. Pendant les activités, une attention particulière peut être portée au climat du groupe, aux changements de comportement et aux situations dans lesquelles un jeune semble isolé, mal à l’aise ou en difficulté. Et lorsqu’une parole ou un comportement inquiète, il est important de ne pas rester seul : les professionnels doivent pouvoir s’appuyer sur leur hiérarchie, les dispositifs de protection de l’enfance et les partenaires compétents.

Le ministère de la Jeunesse met aujourd’hui à disposition des professionnels des ressources spécifiques pour prévenir et agir face aux violences sexistes et sexuelles dans les accueils collectifs de mineurs, notamment le kit de formation SELMA, destiné aux professionnels intervenant auprès des mineurs.

https://arretonslesviolences.gouv.fr/sites/default/files/2025-07/Guide-formation-SELMA-lutte-contre-violences-sexistes-sexuelles-ACM_0.pdf

https://www.jeunes.gouv.fr/ressources-et-outils-pour-lutter-contre-les-violences-sexistes-et-sexuelles-2296

La prévention ne doit pas empêcher de profiter de l’été

Prévenir les violences sexuelles ne signifie pas transformer les vacances en période de méfiance ou d’inquiétude. Les enfants et les adolescents doivent pouvoir profiter de leurs vacances, découvrir de nouvelles activités, rencontrer d’autres jeunes et gagner progressivement en autonomie.

La prévention consiste plutôt à créer un environnement dans lequel chacun sait que ses limites doivent être respectées, que la parole peut être accueillie et qu’une aide est disponible en cas de difficulté. Elle repose sur une responsabilité collective : celle des professionnels, des organisateurs, des parents, des institutions et, plus largement, de tous les adultes qui participent à la vie des enfants.

L’été change les lieux, les rythmes et les habitudes. Il ne change pas le droit de chaque enfant à être protégé, écouté et respecté. La prévention, elle, ne prend pas de vacances.