
Participation aux 46ᵉ Assises du CNAEMO à Marseille
Les 46ᵉ assises du CNAEMO, organisées à Marseille autour du thème « SEX’PLOITATION : Mineurs en danger », ont constitué un temps fort de réflexion pour les professionnels engagés dans la protection de l’enfance.
Les équipes du dispositif Intermède et de la prévention spécialisée de l’Enfance Catalane y ont participé activement. Ces journées ont permis de croiser les regards, confronter les pratiques et enrichir les approches face à un phénomène en constante évolution : l’exploitation sexuelle des mineurs.
À travers les retours des professionnelles présentes, cet article met en lumière les principaux enseignements tirés de ces assises, en écho aux dynamiques observées sur le territoire et aux travaux relayés par le Centre Ressources Sentinelle.
CNAEMO – Carrefour national de l’action éducative en milieu ouvert
Carla, psychologue – dispositif Intermède
Penser autrement l’accompagnement : entre facteurs protecteurs, résilience et nouveaux enjeux numériques
Voilà déjà bientôt 4 ans que le dispositif intermède a vu le jour sur la ville de Perpignan. Entre présences sociales, de jour comme de nuit, rencontres avec des jeunes, ateliers collectifs, liens partenariaux, orientations et aussi urgences… l’équipe d’intermède s’est formée de manière significative sur le terrain, au plus près des jeunes et de leur vécu traumatique.
Ces assises ont interpellé nos pratiques, nos approches, nos chiffres, notre vécu en tant que professionnels. En effet, nous parlons majoritairement de ce qui fait “bascule”, pour un jeune avec des vulnérabilités, des facteurs de risques, des indicateurs… mais nous parlons peu de ce qui fait protection. Qu’est ce qui fait qu’un jeune ne “bascule” pas? qu’est ce qui fait qu’un jeune s’en sort ou s’en est sorti? Qu’est ce qui protège et qui maintient dans la vie sociale et affective? L’urgence de ces jeunes, leur état psychique et leur rapport à soi prennent une place considérable dans nos accompagnements, ce qui peut parfois éloigner de la question du positif, de ce qui fonctionne, de ce qui tient chez le jeune, et quelle est l’origine de cette restauration? Entre, parcours scolaire, liens familiaux sécures, projets concrets, liens aux professionnels restauratifs… Les facteurs protecteurs sont multiples et demandent à être pris en considération. C’est en s’appuyant sur les “capabilités” du jeune que nous pouvons appréhender son développement.
Les jeunes que nous rencontrons ont pu dessiner plus ou moins des “profils”, avec tous en commun la particularité d’avoir vécu des événements à haut potentiel traumatique. Ce qui signifie que tous auraient pu développer un syndrome de stress post-traumatique. Mais ce n’est pas forcément le cas, pour ces jeunes et en les pensant à travers la clinique du trauma, nous pouvons parler de résilience.
Ce seront ici de nouveaux mots clés pour le dispositif intermède: restauration, résilience, facteurs protecteurs. Comment ne pas s’effondrer après de telles souffrances?
Les professionnels à l’écoute des interventions sont repartis avec ces interrogations, afin d’affiner leur pratique, leur posture, leur visibilité sur les accompagnements.
Nous avons également pu approfondir la question des cyberviolences, notamment de la cyberexploitation sexuelle/cyberproxénétisme. Ce qui est très important pour le dispositif intermède car il se prépare au développement des maraudes numériques. L’exploitation sexuelle des mineurs à travers ces différents modes d’accès, rend encore plus invisible le phénomène. Pourtant, c’est par le biais de ces réseaux que les jeunes sont de plus en plus exposés car peu de prévention, peu de contrôle de l’adulte, peu de limites. Comment intervenir? comment signaler? Comment créer une accroche? Comment réduire les risques? qui sont derrière ces réseaux? Nous avons eu des informations sur les chiffres: entre 2016 et 2024, une augmentation de 140% de jeunes en situation d’exploitation sexuelle. Dans cette augmentation, le numérique prend une place de 26%.
Les échanges sur les différentes postures professionnelles, les différentes façons d’aborder la problématique avec les jeunes, et les différents leviers repérés par les professionnels ont engagés intermède dans de nouvelles approches, notamment sur la clinique indirecte. Le lien avec les professionnels est une grande partie du travail, car sensibiliser et former à cette problématique est au centre d’un accompagnement permanent, dans et hors les murs de ces jeunes. IL est important de transmettre notre expérience du terrain, de la partager et de la mettre à disposition des professionnels.
Laurie, éducatrice – prévention spécialisée
Croiser les approches pour mieux comprendre l’emprise et adapter les pratiques éducatives
Les assises m’ont permis d’approfondir mes connaissances en croisant plusieurs approches complémentaires, notamment sociologique, psychologique et juridique. Cette diversité de regards a enrichi ma compréhension des conduites prostitutionnelles chez les mineurs, en mettant en lumière la complexité des situations et des parcours.
L’intervention de la juriste a été marquante. Elle a apporté un cadre juridique solide, tout en soulignant les limites des réponses actuelles face à des jeunes en situation de vulnérabilité et d’emprise.
Les approches sociologiques et psychologiques m’ont permis de mieux saisir les mécanismes et les parcours de vulnérabilité.
J’ai également particulièrement apprécié les animations proposées et animées par des jeunes éducateurs de la prévention spécialisée. J’ai trouvé ceci trés valorisant pour ces jeunes.
Enfin, la présentation des programmes montréalais SPHÈRES et ACTES a été très inspirante. Leur approche, basée sur le respect du rythme des jeunes et une posture bienveillante, fait écho aux valeurs de la prévention spécialisée. Ces programmes montrent qu’il est possible de développer des interventions adaptées, à la fois préventives et éducatives, même sur des sujets sensibles et complexes.
Ce que j’en retire pour ma pratique
Ces assises renforcent ma conviction que l’accompagnement en prévention spécialisée doit s’inscrire dans une approche globale, souple et adaptée à chaque jeune. Elles confirment aussi l’importance de :
- prendre en compte les phénomènes d’emprise,
- adopter une posture non jugeante,
- travailler le lien de confiance dans la durée,
- et collaborer avec différents partenaires.
Elles ouvrent également des pistes concrètes pour faire évoluer mes pratiques, notamment dans la manière d’aborder ces sujets avec les jeunes, en me formant sur la thématique et en projetant de mettre en pratique des groupes de paroles autour de ses sujets avec les jeunes accompagner.
Perrine, éducatrice – prévention spécialisée
Déconstruire les représentations et renforcer le travail en réseau face à l’exploitation des mineurs
Les 46ᵉ assises du CNAEMO consacrées à l’Exploitation Sexuelle des mineur-es et des jeunes majeur-es, rappelle l’importance de la présence des travailleur-euses sociaux, et en particulier des éducateur-ices en prévention spécialisée autour de ces sujets. Ces temps de rencontres et de réflexions permettent de déconstruire les représentations souvent réductrices et/ou erronées liées à la situation prostitutionnelle des jeunes. Le discours d’accueil nous rappelle la place de la responsabilité collective dans ces questions, et ainsi, de la nécessité d’un travail transversal et de réseaux entre les différents acteurs locaux ; partenaires associatifs et institutionnels (Éducation Nationale, associations jeunesses du territoire, familles, etc.).
Face à l’émergence et l’utilisation croissante des réseaux sociaux qui rendent les pratiques plus diffuses, moins visibles et parfois plus difficiles à identifier, les approches pluridisciplinaires (sociologique, juridique, sociale, psychologique) qui appréhendent ce phénomène, nous donnent des clés afin d’accompagner au mieux les jeunes pouvant être confronté à l’exploitation sexuelle. Cela nous amène à réfléchir, affiner notre vigilance face aux indicateurs : changements de comportement, nouvelles fréquentations, isolement, rentrées d’argent incohérente avec la situation financière du jeune, etc.
Ces espaces d’échanges permettent de mettre en lumière l’importance d’avoir un dispositif spécifique existant au sein de notre service de Prévention Spécialisée (Intermède) en vu de la croissance des phénomènes prostitutionnels chez les publics que nous accompagnons et qui rend l’accès à un accompagnement médico-social adapté pour les jeunes concernés et des regards croisés sur certaines situations.
La participation à ces assises constitue un véritable levier de professionnalisation, nous permettant de renforcer et faire évoluer nos pratiques, d’adapter nos interventions et de mieux protéger les jeunes face à des formes d’exploitation en constante évolution.
Laura, éducatrice – dispositif Intermède
Affiner le repérage et construire des réponses adaptées à des parcours complexes
Un levier pour adapter les réponses face à un phénomène en mutation
La participation des professionnelles de l’Enfance Catalane aux 46ᵉ assises du CNAEMO s’inscrit dans une dynamique d’amélioration continue des pratiques face à l’exploitation sexuelle des mineurs.
Ces temps de réflexion confirment plusieurs enjeux majeurs :
- mieux comprendre des phénomènes complexes et évolutifs,
- renforcer les approches globales et pluridisciplinaires,
- développer des réponses adaptées aux réalités des jeunes,
- valoriser les facteurs de protection et les processus de résilience.
Dans un contexte où les formes d’exploitation se transforment, notamment sous l’effet du numérique, ces échanges apparaissent essentiels pour adapter les interventions et mieux protéger les jeunes les plus vulnérables.
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